25 janvier 2007
TROIS TEXTES
Trois textes (Mondes suburbains, sans quoi et autorisez) tirés du projet EN ROUTE (toujours en rade pour le moment) ont été publiés récemment par la revue en ligne Ecrits-vains.
Voici le lien: REVUE ECRITS-VAINS
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01 décembre 2006
EN ROUTE [bribes]
textes d'itinéraire(s) : 2004 - 2005
extraits de l'ouvrage sans éditeur
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INTRODUCTION AU GESTE QUI A PRODUIT EN ROUTE.
Comment évoquer sans frémir la ligne d'oraison qui définit ce en quoi être un homme consiste? Embarrassé dans son vivre, démuni dans son insolite circonstance, miné dans ses rituels comme dans ses mythes, l'homme qui se promène risque l'entorse au moindre pas. Je n'avais pas les yeux ouverts sur cette aveuglante réalité et maintenant je pleure dans le regard nouveau des enfants joyeux.
Quel deuil que la perte de la joie! Quelle tempête au creux du foie qui ne démêle plus rien, se contentant de déverser sa bile de graphite, râlant, au jour crayeux, après les matins-naissances qui se sont à jamais évaporés. Qu'attend-on de lui à présent? A présent! La perspective d'un vague sursaut, telle la pirouette grotesque qui couvre de ridicule la leste et stupide patineuse, le change donné d'un insuffisant terminus nourrissant une révolte contre ce sort d'à-peine-incarné. Veuf de sa joie, il ne faut plus s'arrêter, inerte, au spectacle rageant de celle des autres. Impuissant volontaire, il faut se ruer sans plus attendre à la fabrication méthodique de ses messes de bien être qui réjouissent ceux qui savent encore les goûter.
Comme la vraie joie me manque cependant! Mais comme aussi je ne sais me résoudre à l'abêtissement qui seul saurait m'y conduire car pour être joyeux, je le sais, il faut savoir ne pas comprendre, il faut pouvoir subir sa joie sans résistance, sans ambiguïté.
Le train qui chaque jour nous transporte, véhicule de vraies joies. Pourtant aucune n'est tentée d'ouvrir une porte et de sauter. La vérité, la solide vérité est manifestement ambulante.
Totalement enrobé dans cette tâche incompréhensible qu'est la saisie immédiate du vivre, dépourvu d'astuces et d'outils qui permettraient à ses parties constituantes, amonts et avales, de se mentionner à moi par le souvenir ou la projection, j'erre dans le paisible non-mouvement, dans la sinistre non-attitude, dans la pratique non-détermination.
N'aurais-je pas à maintes et cruelles reprises tenté de livrer couleurs à cette appréhension de chaque seconde? Sachant les petits bonheurs cocasses bouées de sauvetage au cœur de ce naufrage indécent, je cède volontiers à la noyade, négligeant les secours. Les signaux que j'émets sont alors sans objets, leurs extrémités dépourvues de crampons véritables, mais le désordre de leurs évolutions hésitantes restitue assez fidèlement l'oppressante confusion de mes sens et plus encore: l'embarras qu'éprouve mon cerveau à me les restituer en données rassurantes.
En outre: cette fâcheuse propension à la plainte. Si je n'y prenais garde, je m'en plaindrai.
Les yeux clos me permettent de respirer.
Un peu
Le 04/05/04
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A L L É S
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Allé # 3
il fallait prolonger le risque de confusion qui définit leur règle du jeu sans risquer de dévoiler de mettre sur une piste – mais bien entretenir le foyer de l’indécis de l’hésitation le chantier à ciel ouvert de la non-reconnaissance interrogations carrières mutuelles – qu’on songe à ces deux mâchoires systématiques mordant dans la falaise de craie – il ne faut pas craindre de ne pas avoir à réfléchir il faut juste essayer envisager et voici nos ouvriers inédits prêts de jeter à bas pioches orgueil et péchés touchés minés par la paralysie dans l’entièreté de leur nombre
Allé # 5
le train file sûr de sa voie l’image du dehors n’est plus qu’un bruit éclaté il fait certainement frais le talent capricieux des conditions climatiques fonde nos pâleurs à venir s’en faire pour sa carnation ! le réel est encore plus douloureux lorsqu’il se refuse à nos éveils prétention ! loi des genres ! les voix qui résonnent derrière moi chacun sa place dans la file d’attente on n’est pas aussi fondamentaliste qu’on le dit
il y a un abîme entre la main qu’on tend et le cœur qu’on ne veut pas offrir si le cœur se situait dans la paume la main serait souvent dans la poche et nous avons plus d’une poche l’image aussi est une poche pratique par l’image on donne le change on s’exprime indirectement il est des images qui ne passant pas par le mensonge ensanglantent bellement la main celle-là n’en fait pas partie
paysage de fils tendus au-dessus des têtes véritables horizontalités verticales et vertigineuses lignes fuyantes images de nos images parallèlement suspendues j’ai ainsi songé l’air environnant comme un corset de lingerie perle (véritable sensation) car j’ai eu envie soudainement de seins et de cages thoraciques fragiles et du câble je suis parvenu jusqu’au tissu de la peau par l’absence – cette non-vision d’alentours - l’invisible présent m’a suggéré un visible absent qui a rendu possible le lien entre les deux éléments logés à des niveaux différents de réalité il ne s’est pas agi alors de verticalité ni d’horizontalité pour ou par rien
les mots du début contenaient déjà bel et bien (contiennent) ceux qui les ont suivis (qui les suivent) – sûrement aussi ceux non convoqués - en amont ou en aval du texte qui se réservent peut-être quelque apparition poétique ( peut-être a-t-elle déjà eu lieu quelque part ou jamais ?) – contenaient bel et bien le texte dans son entier
une graine
Allé # 6
quel est leur pouvoir ? par quels subtils moyens parviennent-ils à m’ôter si fréquemment dans la journée toute faculté d’être ému par le seul spectacle de la réalité ?
impossibilité d’être heureux de goûter il n’y a pourtant que jouir qui soit l’intensité réelle mais jouir ruine et la ruine même si elle peut susciter le désir dans son appel irrésistible nous laisse entrevoir la chute l’issue stérile
ces temps-ci le sentiment de ne plus pouvoir fixer asseoir mon angoisse me consume parler est inutile
se débattre.
ému par les colonnes !
tout m’est obstacle ou prétexte à l’immobilité les secousses de cette voiture me forcent à renoncer à écrire peut-être essaie-t-on de me raisonner ? les banquettes sont d’ailleurs similaires et alignées il n’y a pas de perspective aucune ligne ne fuit seulement notre jugement sur le tracé de notre regard fabriqué
on pourrait avoir froid en même temps que le jour se lève je veux dire on pourrait sympathiser avec l’aube et partager son appréhension son isolement ses frissons matinaux on pourrait participer au processus de la rosée
si seulement je pouvais éclairer moi aussi sans trembler parler à moi-seul du gouffre sans l’évoquer ni le combattre pleinement tout au moins m’y résoudre non plus éviter
Allé # 8
quelle violence dans ces idées qui s’entrechoquent se bâillonnent mutuellement s’échappent seulement échappant dans le même temps à leur auteur comment ne pas faire de ce fait confiance au sentiment dont l’intensité nous enserre ? comment encore en douter si ce n’est en voulant à tout prix lui donner un nom nommer c’est lever le voile sur ce qui n’est plus à découvrir l’absence du nom c’est ma respiration devenue possible et même si ce n’est que tourner en rond surtout pas par goût du mouvement encore moins par amour du déplacement
un certain nombre de mauvaises nouvelles la mauvaise nouvelle c’est bien celle de la vie la bonne c’est celle de son rêve et je suis désormais trop las pour parvenir à m’endormir pour pouvoir espérer de rêver si je poursuis ma lute si je m’entête à veiller c’est justement pour ne pas rêver pour ne pas vivre mourant
Allé # 9
j’aime la visée d’un point d’ombre qui m’observe repère en quelques mètres de serrage parois et tubes en abrupt s pour la voie des conques et soufflées subite j’ai partie comme sous les voiles déçu de cet entretien de connivence dont nous empeigne la teinte connue le ton par-dessus l’atteinte nerveuse au seuil la tonsure l’équivalence des mires de rebonds la chance nous sied moins que la chambre partagés entre nos deux ronds d’espace d’espace seulement(s) équivalence d’un rendement d’une quittance loyale je te remets d ’avance son sceau qui de sur-nage s’exclame : « ça y est ! » je nous voix NU comme ver je tends de nouveau vers cette tâche
géomètres
nous les géomètres nous en pensées et d’avances bas les masques jeux d’angles on nous transpercera menue fringales poignées entourée d’ombres qui fait le tour qui de s’attabler le verre rempli et bien serré dans la main fiable en ses ossement de sentier rendu ton ravalement ta position idoine ton à-propos pesée de chances entoilées châssis de rencontre toile contre toile c’est dans les écarts des tombes que charrient les silos un grain de folie
ficelles du matin dénudé à ta juste proie en des valeurs inversées en des infusions de polarités déjouée par où passent par où ne repasseront plus les ongles et le buste crasses gâte-sauce frêle envie théâtre de parade et d’entre amis d’entre amis d’entre amis là où on ne rit pas je ne mise que sur le chemin d’esclandre sur la distance recalculée en fin de texte d’après ma seule proximiter en faire en ce lieu brûlant de combustions une affaire de contact montée de toute pièce rejouée la valse des dés jeter comme baigne au large de ton îlots (à cause du silo) le malt insulaire de ta macération terriens nous les terriens flanqués contre le sable des parois cette gelée des joies dressé seul échafaud des mystère contre-gré le sourire en décalque sur ta cuisse contre notre élans c’est chacune pour chacun l’induction d’un lien de parenté ta traduction corporelle fil(s) conducteur de tes angoisses sereines des mises-à-bas des écarts pignons contre dents sans ta mise à l’écart terriens plein la bouche d’aqueuse constitution provient ce lien de couche rare marne pour ceux qui espéraient le mortier dignes de nos traditions terriens nos alluvions séchés d’à part nos lits nos dévergondages qu’essuient nos suisses miraculeux ces pognes de préhension ces palans ces cœurs d’artichauts qui n’ouvrent sur rien
Allé #20
ce qui approche du « mille éclats » nous évitant tout jeu superficiel des paupières ce nous qui rabat suivant l’effort qui ne dépendra plus d’un vouloir [ il aurait été au préalable décalé ] mais d’un cri [ bel et bien humain – au pied de l’échelle ] un cri sans intention autre que celle de nous rappeler à l’ordre ce qu’en dirait la Grande Ourse autel suspendu de nos décisions déjà demain ne prêcheraient [ tu ] que par les nombreuses – trop claires – impudences de la source dont nous gardons mémoire pour un tiers-tour quand mâcher ne nous enseigne pas la faim quand lâcher prise ce serait [ tout cela pour t’en raconter ] ce serait assainir revigorer – déjà demains ne préfigureraient-ils plus nos saulaies à perte de joie à perte de figures empoussiérées l’emprunt signifiant avant tout la dette parfois une saison emprunte à une autre saison comme en ce moment et c’est là la liesse le grand bain des raisons délicates sans où les baisers fuyantes ne se livrant plus désormais les plaies pures et valables ne s’aimons guère ne s’aimons plus avant même la fin juste peu avant ce sursaut tranchant de temps recroquevillé sur lui-même pris dans ses propres linges emmailloté ne s’aimons guère – certainement- plus [ il faut savoir se l’avouer ] qu’au début du poème qu’ouvrait le mot amour fort dissimulé lâché sans aucune précaution il l’avait écarté par inattention – ou soumission – l’ambition de contenir dans son entier le texte à venir ] de le préfigurer [
dépression
ecchymose
relation à autrui les chevals de Bataille sont trop nombreux mais (et c’est ce qui ne nous sauvent pas) lointains
Allé # 21
plaquer geste ou engorgement de cette estime en devenir ne tirer que la douleur comme passe la main amie le long de la gorge j’ai rêvé au loin un portail de lettres grises laissant filtrer un tison de jours qui s’échappent j’ai senti filer devrais-je dire le secours de mes draps qui insistaient qui insistaient pourtant j’ai voulu non j’ai voulu les ne- me-retenez-pas-ainsi les mains les paupières les demi-tours qui n’en finissent plus plaque c’est une gêne au marcher franc un doute de caillasse et de paletot avisez en dernière instance la lune de mon éclat de ma brillance quelle liberté qui se dit quel air pur qui se détache sentez pleinement la déception s’offrir au seuil franchir et franchir les almanachs fragile les séditions les milliers d’étiquettes autocollantes que nous entons de nos épisodes multiples – ne – notre dimension facétieux nous n’échappons nous n’échapperons pas au rouleau définitifs nos peupliers s’enlisent au demain de tous les murs encore distant d’un semblant de devenir ne s’effacent à peine détalés je suis versé dans mes écritures
Allé # 33
où ne pouvons-nous pas demeurer? à plat sur le marbre tu de l’autel inaccédé par la parole? au sommet des cuirs tendus à l’appel sans surface qu’auraient ébauché nos regards non encore pervertis? au pied de ce lit de sangles où se lit encore l’ombre marquée par le Cheveu universel? à la porte ferrée de ce vieux cachot derrière laquelle sanglote rouge un destin en lambeaux? parmi le jeu frivole des martinets? au cœur de l’écheveau sanguinolent inscrit sur une jeune poitrine? quelque-part à notre rencontre? à la marge de nos erreurs avouées? si bas si bas que le sol nous épargnerait que l’amour concédé à la terre nous vaudrait un ciel complet dont le nom ne serait plus nécessaire?
dans le murmure de ce nom inavoué qui force nos lèvres à cet écartement disgracieux que nous appelons sourire et qui nous marque de son sceau indéfectible?
il y en a qui ont su mieux haïr pour nous
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R E T O U R
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Retour # 3
mondes suburbains, vous qui connaissez ma démangeaison, ne vous adresserai-je donc pas en sourdine – pour autant qu'on ait pris la peine de mesurer le valoir de vos sombres clameurs, mon message de sympathie pour vos béances, vos mises à l'épreuve, vos ruées tambours battants dans l'équivoque, tableau des raclures quotidiennes, ramifications épicéennes aux confins des innombrables tâtonnements dont nous nous faisons les pantins, partisans lorsque nous clamons de toute notre gueule contre l'ordre établi, brandissant à bout de moignon le drapeau immaculé de la crapule, de l'imbécillité et de la laideur, nous qui ne possédons même pas suffisamment notre haine.
Retour # 5
tu seraient douce en soi tu vendrait de la peau vaudrant la teneur d'un souvenir, d'un "soudain-je-me-retourne" et qu'appel m'éprenne de toi d'un seul tenant qu'un monde entier ait espéré l'entièreté de tes lèvres que je jouisse de l'hébétude de ta supérieure tes mes mains me font oubliés tes seins tu as soumis ton ventre je n'espérant à peine plus que l'éclat de ton sombre regard tu demeure à mon pauvre ventre une déception de cheveux de boucles éparses souples ton châtain le leur m'annonçant systématique du sourire des aurores plissée retournée d'une autre vie ta voix couleure mon temps mon "petit à petit" me privant de l'espacement de tes épaules recouvertes de laines bleues linge timoré de ce qui n'adviendrait jamais entre ta lueur et mon gouffre d'obsession tu m'est sexe apatride je file au devant de tes sérums de ta muqueuse infantilisé déniaisé je m'imagine que la chaleur de ton haleine non tu ne me dit pas la vérité tu m'épouvante et son contact tue la solitude figure notre indicible séparation te pénétrer entière sans atteindre ton flux ni parvenir à t'écouter et pourtant te briser tu pourrais gémir t'agenouiller rouler à terre à mes pieds mais ta consistance [toute première beauté] m'en empêchent en lieu et place de méandres ce mécontentement ce pli au front cette non confrontation cet écroulement lent et cette invite dans la voix cette invite à consentir cette caresse sonore du oui tendu acquise à mon pâle sexe [s'il advenait que tu ne te taise plus jamais te muselant que ton avoir refusé m'engraine les trois simples cymbales de ton prénom et je rêve ton pied dans sa chaussette un peu épaisse s'endormant aux mailles d'humidité et de malheur de ma bouche trop pleine de ta marche pour oser espérer de toi le repos final d'un amour concédé] tu serai consciente en moi aussi fuyante en moi désertant la mousse brune de tes avant-bras tu serai mystique tu serai pâle toi aussi tu serai sortie des eaux tu viendrai pas à pas vers moi pour m'offrir ta viande fraîche dépourvue d'anneau comme tu sais si bien le vouloir pour ne guère m'offenser de tes seules mains dévoiler sans désir de pudeur ma pudeur grêle d'homme bassement concupiscent éveillé à ta plate minceur d'enfante pure n'osant pas m'affirmer touchant au retour ces points sans nœuds qui m'assaillent de nuits de nuits pourtant vaincra – la moiteur de tes fibres insanes fidèles à ce qui ne doit me revenir qu'encablé en mon être déjà à peine finissant dont la lutte acharné contre un désir par trop obscène ruine l'affect de ses promesses et de ses tentations unies par le murmure et les dons je pourrai contre toi en finir avec ma montée impétueuse aux sources infimes de mes musiques permanentes
Retour # 10
je me moque plus tard de nos simulations de regards je modèle un échange une partition [cloisonnement] d'égards rien ou à peine [éventuellement] qui vailles nous à nous propres sycophantes polis à souhaits nos dents aussi nos dents aussi sont nos pardons nous valent aussi sont nos pardons nous avale tendrement avec la tendresse une d'un parents la tendresse parentale avec l'aval d'une tendresse parentale [tänd = dent en suédois] affamé affamé de descendance et de cœur [déplacés] de ballerines [les ballerines si on en abuse pouvant être à l'origine de caries]
Retour # 15
sans quoi je n’estimerai pas de grande valeur tous les efforts vains de nos fabuleux acrobates sans quoi la persistance de cette certitude d’évaluation des corps entassés verticaux à même l’espace des jours remués par les divisions et les divisions sans quoi tout ce à quoi nous nous rattachions tu perdurais bien toi sans quoi moins le masque affligeant de notre accommodation mutuelle de notre regard tort de nos mutuelles accommodations aux sursauts du jour las de nous dévisager sans quoi l’aveu de notre séparation[s] inévitable fondatrice sans quoi au fond du jeu le recours à l’erreur ne m’est plus que de loin de très loin imputable (maudits prédécesseurs!) sans quoi pour l’amour de la poésie je ne verserai pas une seule larme pas une seule pour le saint amour de la poésie pas une seule larme pas une seule larme pour la poésie sans larme pas une seule pas une seule larme pour la poésie ni rire ni rire d’ailleurs la poésie comme seule larme comme seul rire d’ailleurs la poésie comme seul ailleurs hors rires hors larmes hors distances
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CL A U S U L E / T E R M I N U S
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A. Caténaire.
On est entouré. Il est difficile de trouver un refuge. Partout d'où on se tourne, de droite, de gauche des corps, des individus en paroles et en rires. Mais qu'ont-ils à dire, qu'ont-ils à rire? Qu'ont-ils [qu'ai-je] à venir me souffler au nez leurs regards sans mots.
Réflexe? Voici que je réduis mon écriture, que je la réduis à l'illisible, que je me réduis à l'inexprimable. Qu'est-ce qui fonde leur systématique activité d'espionnage? Ils ne peuvent rien m'envier; ni la panique, ni le désarroi, ni ma crise d'orientation. Pourtant ils sont là, bien mis dans leurs cols roulés noirs, m'épiant derrière leurs fines lunettes chromées. Que s'apprêtent-ils à me chanter? Que, ou qui vont-ils dévergonder d'un seul coup de leurs crocs? Ils n'ont pourtant pas l'aspect du chasseur embusqué, ils restent impassibles, correctement assis, se prêtant peu à la comparaison, les genoux bien parallèles, le veston rangé dessus et, par-dessus, presque rassemblées comme pour la prière, leurs mains impécables au doigt d'une desquelles brille de son air le plus discret, l'anneau d'or de leur respectabilité.
B. Mise en appétit.
Il semblerait qu'il leur manque l'APPÉTIT – cet équivalent de la fatigue. Si on croit percevoir par instants sur leur visage un mouvement de mastication, on sait qu'on a affaire à un mirage, à la vision défunte d'un vestige de sensualité chez laquelle régnait en maîtresse rugueuse et intolérante à l'égard des autres impressions, l'appétence. Tout est réglé, même cette odieuse mise en scène de la faim. Mais voici que la fatigue a fait son œuvre: les paupières tombées, le sommeil a posé sur le visage des gêneurs sa terrible camisole. Tout se délie alors. Les rouages s'équilibrent et tous ne font plus qu'un. Les paroles sont taries, les rires ont séché: se révèle dans l'unique silence du mutisme, leur lie existentielle, inconsistante, même pas suffisamment amère puisque insipide. Et dans l'absence soudaine de preuve de leur présence véritable [finalement], l'éclatement douloureux mais ô combien préférable de mon divin isolement.
C. Signal d'alarme.
trait efficace accolade avantageuse la rudesse d'abord le jeu de la rudesse ses lèvres n'ont rien à faire ici on dirait qu'elles se contentent de leur position sans rien absolument rien trouver à redire mais l'accord ne se fait pas on ne peut pas forcer ce genre de choses les lèvres le savent qui dans chacun de leurs mouvements miment un drame ferroviaire
D. Terminus.
Ce qui accentue leur gêne: leur rougeur. Elles ne parviennent même pas à être – à demeurer – correctement rouges. Un rouge emprunté. Oui, c'est bien ça! Un emprunt de rouge aux lèvres dont on se serait déjà maintes fois forgé l'idée (des lèvres idéales en quelque sorte). Lorsqu'elles s'entrouvrent c'est pour libérer, impudiques, un filet volatile de profonde puanteur.
J'ai été tenté, l'espace d'une fugace seconde d'adhésion au réel, d'interrompre l'entreprise de ma résignation et de leur adresser la parole. Oui je me suis vu le faire et me suis vu me résigner. Presque tous conservaient le même masque. Dans le même temps, je ne les reconnaissais pas. Quelques uns, peu nombreux, baissaient craintivement les yeux. Une femme n'a pu retenir ses larmes qui se sont mises à couler en un flot ininterrompu, gras et épais: elle prend alors son visage entre ses mains, tout son corps se fige offrant la vision dérangeante d'un instantané photographique. Il devrait être secoué par les sanglots violents de la malheureuse.
Une voix s'élève enfin. Rude, humaine. Je ne peux dire qui parle. Je suis admonesté, ne pouvant plus désormais faire le lien avec ma balle-au-bond. La voix me reproche ma cruauté, mon inconséquence, elle me révèle un infantilisme notoire contre lequel je ne trouve rien à redire, puis me renvoie à mes lectures néfastes et me conseille à l'avenir de préférer l'inertie à la pagaille.
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