09 février 2009
POESIE GLOBALE
Bien, il ne me reste plus que quelques mètres à parcourir ! Je pose déjà mentalement mon sac plein des regards de ceux qui m’ont suivi tout au long de mon déplacement et que je n’ai pas complètement réussi à fuir. Il ne s’agit d’ailleurs pas à proprement parler d’un déplacement et cette précision n’est pas pour éclairer tout ceux qui, m’ayant accompagné, ont fondé leur espoir sur une vérité révélée. Je secoue mes bottes, les frappe l’une contre l’autre : les souvenirs de ma marche s’en détachent par morceaux, par petits blocs bruns, parallélépipèdes moulés dans les creux savants de ma semelle. Ce sont eux qui ont voulu venir. Ils tiennent à moi comme cette terre séchée. Je n’ai fait en somme que les précéder. Il leur avait été demandé de produire, à partir d’une photo, un texte poétique, pour ne pas dire, comme il était d’ailleurs écrit, un poème. Je les avais laissé se ruer à l’assaut de l’illustration comme des chiens rassasiés avant même d’avoir mangé. Et chacun l’avait saisie, à sa façon. Certains : le rire plissé de celui ou celle qui a tout compris et qui mime son intimité avec l’intelligence de cette si triste manière, proprement humaine. Et je me rappelai, en riant intérieurement, la devinette amusante que m’avait soumise ma jeune sphinx de fille avant mon départ : "Décembre ça commence par un « D », et pourtant, ça commence par un « P » !" Rien ne me retenait dans cette mascarade. Je voyais des colliers de barbe, des cous prématurément décharnés, j’imaginais des odeurs d’haleines, toutes poétiques, et sentais les bouches pâteuses. J’étais soulé de tablées ringardes, de nappes blanches avec des ronds de vin rouge dessus. J’entr’aperçus le visage d’une jeune fille forte anciennement rencontrée et dont l’aspect niais, idiot m’avait à l’époque, mais pas sur l’instant, à contrecoup, excité : essayant de me la remémorer, seule la prononciation du mot idiote, sésame inespéré, l’avait rappelée à ma vue, instantanément avec une fulgurance que la mémoire ne connaît que rarement. Pendant le temps de cette rêverie, mon bloc calé sur les genoux, je n’avais rien écrit. Les autres, à mes côtés, penchés sur leur feuille, jouaient des coudes de l’inspiration. Ils en étaient les pantins. Je profitais de cet instant d’absorption globale pour leur fausser compagnie. En me retournant je me rendis compte que ma promenade m’avait amené sur un promontoire que bordait une pâture. Un poney magnifique s’y tenait. Il avait dû assister à la mascarade. Je mourus d’envie de caresser sa crinière brune. Il s’approcha placidement de moi, devinant certainement mes pensées. Rebroussant chemin, je le flattai d’une main amie. La manche de mon chandail ne s’accrocha pas au fil de fer barbelé. Je décidai depuis cet instant de ne plus jamais avoir affaire avec la poésie.
22:12 Publié dans B. ASPIRES | Commentaires (1) | Tags : tempête, vendée globe, oeuf







Commentaires
bonsoir.
bonjour en passant, en passant souvent et avec du silence. Je suis quand même qui m'attire. D'ailleurs je m'ennuie sec ici et c'est plutôt avec quelqu'un comme nous, toi, que j'aimerai bien boire un verre. J'y pense aussi astoria n'a plus lieu, seulement tension publique et un "off" pour toucher d'autres regards avec à peu près les mêmes choses: http://ringnord . blogg. org.
Sinon j'ai mal à l'épaule mais çà va.
Ecrit par : Querlas | 12 février 2009
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