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08 janvier 2008

LE MONDE MUET EST NOTRE SEULE PATRIE

" Dans ces  conditions on aura compris sans doute quelle est selon moi la fonction de la poésie. C’est de nourrir l’esprit de l’homme en l’abouchant au cosmos. Il suffit d’abaisser notre prétention à dominer la nature et d’élever notre prétention à en faire physiquement partie, pour que la réconciliation ait lieu. Quand l’homme sera fier d’être le lieu où s’élaborent les idées et les sentiments, mais aussi bien le lieu où ils se détruisent et se confondent, il sera prêt alors d’être sauvé. L’espoir est donc dans une poésie par laquelle le monde envahisse à ce point l’esprit de l’homme qu’il en perde à peu près la parole, puis réinvente un jargon. Les poètes n’ont aucunement à se préoccuper de leurs relations humaines, mais à s’enfoncer dans le trente-sixième dessous. La société, d’ailleurs, se charge bien de les y mettre, et l’amour des choses les y maintient ; ils sont les ambassadeurs du monde muet. Comme tels, ils balbutient, ils murmurent, ils s’enfoncent dans la nuit du logos – jusqu’à ce qu’enfin ils se retrouvent au niveau des RACINES, où se confondent les choses et les formulations.

  Voilà pourquoi, malgré qu’on en ait, la poésie a beaucoup plus d’importance qu’aucun autre art, qu’aucune autre science. Voilà pourquoi la poésie n’a rien à voir avec ce qu’on trouve actuellement dans les collections poétiques. Elle est ce qui ne se donne pas pour poésie. Elle est dans les brouillons acharnés de quelques maniaques de la nouvelle étreinte."

 

FANCIS PONGE, extrait de Le monde muet est notre seule patrie (1952), in Méthodes (Le grand recueil)

(J'appuie en gras) 

Commentaires

C'est bien sans trop d'érudition de pouvoir lire cela.

Ecrit par : Querlas | 08 janvier 2008

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